Instantané

Retour d’exil

Les deux épaules contre le bois franc

Le péteux sur la tempe

Dans la salle de presse

Je prends ma décision peut-être finale

Le 4-5-0 gagne

Au pays des référendum accidentés

Comme un tout nu

La poche entre les mains

Je rentre en me faufilant

Serpent qui se repose

Entre les arbitres

Pendant qu’il fait chaud

L’hiver a chrissé son camp

Pas dur à croire

À voir les filles qui prouvent

Avec le strip d’un coup sec

Que le nouveau taux d’humidité

Entre les slow qui trainent

Collés comme des gommes bazooka

Et des horribles souvenirs

De pénitencier

Et de l’hiver du verglas

Que rien ne retourne à rien

Puisque rien ne vient de rien

Il est grand temps d’organiser

Une réunion

D’égo à égo.

Longueuil, 25.06.08

***

LE LIVRE

Le livre n’est qu’un jeu

Comparé à l’amour

Au bout du silence tu cries

Sans queue ni tête des phrases

Dont on a que faire

Se fera-ton à cette idée

Du perpétuel devenir

Dans la proximité de toute chose

Il y a tellement d’absence

Zigzaguant entre les tables

La nuit bascule dans le jour

Souffle court elle se blottit

Contre l’article de la vie.

Extrait LES ALENTOURS

1997, Écrits des Forges

***

FRUIT SANS CONNAISSANCE

Sauvage lueur verdoyantes savanes

Faute d’aborder la pluie

Ou le beau temps

Je sabre dans les préparatifs

Accentue la cadence

Prompte le pas

Et pourvu que Dieu lui-même

Ne s’emmêle pas

Je déferai les longs lacets

De ses bottes jadis noires

Avant de la dénoyauter tout à fait

Sa mains parcourt les alentours

De mon intimité soudain rutilante

Les cajoleries succinctes s’empressent

Au point qu’il me faut la ralentir

Je m’occupe un peu de sa bouche

Rapidement nous sommes catapultés

Tous deux vers le plancher

Un objet rouge roule

Évadé du diable seul sait où

Je m’accroupis devant le jardin

Des genoux écartelés

De la plus belle otage

Et à moins d’une catastrophe naturelle

Je ne débanderai pas.

Extrait LES ALENTOURS
1997, Écrits des Forges

***

LA PENSÉE PREND FORME

Étale sur la grève d’un océan de draps

L’apparition chair d’encre git nue

À l’abri de l’insondable clapotis

Elle tance l’aventure du jour

Feinte abolition

Sa condensation irréfutable

Décante la liqueur de mes pensées

Ses cicatrices autrefois des ailes

Délestent leur chargement exceptionnel

Ses membres se soulagent

Du poids d’enclume de leur passé

Elle se recharge d’aurore naissant

D’un afflux de revirements.

***

LA NUIT DE L’ACCIDENT

Accélérateur au plancher
il fonce à travers la relative liberté
du royaume de la nuit
à la recherche d’un nouveau défouloir
au rythme effréné des enseignes
qui s’annulent dans la vitesse
sur l’autoroute luisante
telle une glace vive
une réflection parfaite prédomine
le véhicule glissant sur un miroir de pluie

Dans la voie rapide éraillée
la bouteille entre les cuisses
il cultive notoire son indifférence
sa collection ingrate
de nuits blanches sans lendemains

Il se goinfre de futilités caustiques
qui transforment l’existence en une vie
cela le consume le volatilise
éludant avec persistance
toute forme de responsabilité

Le carburant d’être brule sans relâche
comme on dit des banalités
il se dépense
inlassable répétition
de ses déboires
rétrogradant le temps désinvolte

L’infime détente de sa poigne
délestée sur le volant
amorce un geste irrémédiable
son sourire s’écorche
lors de la tentation du dépassement du connu
l’accélération le surprend
telle une projection inattendue
annonçant la loi du pire

Fermant les paupières sans pour cela s’assoupir
son rôle se redistribue dans l’espace
dernière réplique avant la tombée du rideau

Sombre embardée
il ne reconnait plus les enseignes
ce n’est pas lorsque le véhicule bondit
possédé de son propre intellect
sonde pénétrant l’infranchissable noirceur
de la nuit de l’accident
derrière les essuie-glaces insuffisants
que le sens de sa vie
lui est évoqué

Cette maladresse tout au plus le loge
dans le décor
tapissé de feuilles mortes
choc tonitruant
l’automobile s’agenouille devant
le ciment du poteau

Dur le choc mou et dur
il est nulle part et partout
des gouttelettes tambourinent
contre ce qui reste du tableau de bord

Les horizons de son corps disparaissent
la nuit profonde éclate
ses vêtements dégoulinent rosâtres

La tempête de souvenirs hallucinés déferle
le temps multiple s’introduit

Malgré le craquellement des synapses
l’esprit se referme
des voix se répercutent
dans le long couloir de l’entendement

Il flotte dans la force de s’éloigner
ce corps immobile est libre
de sa représentation de chair flasque
il reprend à la vie
ce qui est inénarrable
s’il avait su quelque chose de la vie
il aurait quand même exagéré
sur l’accélérateur
avant la beauté fulgurante de la vitesse
puis rien.

Extrait LES ALENTOURS
1997, Écrits des Forges

Sur chaque note, de chaque barre

De la composition originale

Un souvenir parfait d’elle

Craque les glaces de la piste de danse

À la discothèque de mon paradis

Intérieur.

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