ABUS DE RECHERCHE
Nés au pays qui consiste jusqu’ici
À passer dans le temps
C’est tiré comme des traits
Que l’on nous exécute doucement
Et que l’on accentue sur le petit feu
Exposés comme nous le sommes
Paranoïaques aux pétards d’artifice
Sous un orage de feux de forêts
Alors que démentiel, derrière les portes
Le spectacle du quotidien éternise
C’est l’Histoire dans son engrenage
Où l’avenir de l’Humanité en sale déroute
Civilisation sous le joug avec un grand H
Du mensonge savant, qui s’impose en vérité
Telle une évidence, d’une clarté aveuglante
Que l’on trace confusément entre les nuages
Dans un tas de points de repères imaginés
Dont certains seront précipitamment final
Torturés entre les lignes
On nous aplatit les neurones
En mesurant nos allers
Sur les kilomètres de statistiques en retour
Qui constituent le scénario déjanté
De nos corps mal positionnés au présent.
RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE
J’enfonce l’accélérateur
De ma peine d’amour
Contre vents et reflux
Alors-là nul espoir
De remettre cela à demain
C’est avec la pédale donc
Écrasée dans le plancher
Que je m’arrache au ravissement
De sa main dans la mienne
Comme un ange maudit
Parfois aussi, je m’appuie le front
Contre le pare-brise du camp
De sa vie de chaque jour
Et je roule toute la nuit
Sous le ciel étiolé
Vers mon extase de croisière
Dans les hauteurs des anciennes terres
Ce n’est qu’au petit matin
Recroquevillé en chien de fusil
Que l’abnégation ultime
Du réchauffement de la planète
Retentit comme un tatouage naïf
Un nouvel attrape nul.
LA PREMIÈRE PIERRE
Je lance donc à mon tour
Les dés couleur de désastre
Je parie qu’à coup sûr cette fois
J’y perdrai davantage
Que simplement mon emploi
Du temps il m’en reste
Peut-être pas tant que ça
Dans le casino titubant
Où caduc l’inspiration me charrie
Jusqu’au concours extrême
Des carrés brodés d’as
Niant en silence le contraire
Et les fenêtres éventrées
Détroussées comme des touristes
En nœuds trop serrés
Des balafres du cœur aux menottes
Qui aspirent à une ambition
Dont les conséquences ultimes
Deviendront tôt ou tard poétiques
Au secours à la sensation
Admise dès la file d’entrée
Sur le socle antidérapant
Des idées gardées à l’abri
Je me sépare de ma réalité
Elle peut garder le futon.
CAFÉ NOIR ET BLANC DE L’OEIL
Devant les simagrées muets
De l’ennemi mutuellement potentiel
Au pied du courant de son cœur c’est
Café noir ou blanc d’oeil
Concis baisers dans le cou
Je me rabats le taquet en quatre
Dans le genre de préférence serviable
Plus j’avance dans son maquis, je témoigne
Une fracture globale un millimètre à la fois
Moins j’en réchappe aux échardes
Des morceaux incongrus surfacent
Comme une tornade elle cherche le mer
Après sa ration inéluctable
De destruction salvatrice
Plus elle enchère en rafales
Moins je ne baisse les bras
Plus ça se corse pour ce matelot
Preuve irréfutable dépourvue de filet
Malgré mes cicatrices d’intimité
Je me coltine des frais
Devant les simagrées aigus
De l’ennemi potentiel
Au premier matin sans morsures
De notre expédition punitive.
OTAGE DE POÈME
Alors que le jour tourmente
Pardonnez-moi ma faute de pouvoir
Impossible de ménager la matière
Une majorité des otages vont crever
Le long rouillé d’une route à l’écart
J’enterre pêlemêle les indisciplinés
De leur propre insignifiance
Je les renvoie comme ils sont venus
Les vides la recherche de contenu
Les yeux vissés vers le haut
Les convaincus durs comme fer
De la vertu innocente et amplement répandue
Des numéros trop souvent perdants
Ne m’en voulez pas trop, rien de personnel
Je suis un poète, je lance des mots
Vers le fond d’un puits magique
À première vue sans fond
Une crevasse miraculeuse dans la page
Vers la source des grappes d’écho
Au rassemblement de signal
Un félin a ralenti dans les sphères
Quand vos pensées lui parviendront
On croira sans nul doute
Au déraillement d’un train
À perte de firmament
Dans le soir byzantin.
PASSÉ DÉCOMPOSÉ
À l’ombre des indomptables flocons
Recouvrant lentement mais surement
Le dépotoir de mes souvenirs
Je m’habitue tragiquement
À la séduction qui décape
Aux slogans à la mode qui fond
Comme un trou noir de la pensée
Dans mes idées qui vagabondent
Mais qui toujours respirent
Occupant une bonne partie
Nerveuse aux orifices frisés
De l’essentiel à la différence
Dans mon journal de traverse
Depuis d’imbuvables semaines
Freiné par ma sentence compulsive
Toute ma vie passe
En revue les flashes
Du passé décomposé
Qui traverse l’écran
Loin du champ des applications
Pendant la nuit séculaire
Lorsque la terreur immobile
Résiste sans ses gros canons.
MILLE SOUPIRS
Si les regrets se dilatent
Lorsqu’ils défroissent mes pupilles
Comme les draps étales
D’une année sans septembre
C’est que je m’acclimate
Au fulgurant désir d’exister
Peut-être même de vivre
À la vitesse de continuer
Ne serait-ce que sans maintenant
Marchant sur les braises
De mon abominable passé
Je songe à la vitesse
Du marathon que le temps
Pendant qu’il me dévalise
En souvenirs précieux
Dévale telle une pente raide
Aux voies savonneuses sans issue
Je rêvasse en douce de danger
De reflets ensoleillant mes illusions
Les jambes un peu gauches
De légers renflements inconséquents
Pour le reste de ma vie
Je descends une côte bordée de remords
À pas accélérés, titubant
Je me hâte vers la porte
De la mascarade qu’un passeport
Arrachera à l’arbre tel un fruit.
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Pavillon du détour. Il fait soleil dehors. Il fait soleil dedans. Une petite chiale longtemps dans la ruelle; ses cris accompagnent ma lecture toujours incomplète de tes si bons textes. Je ne me décide pas à m’habiller, à partir. Pourtant, je sais qu’il se passe quelque chose à la brasserie.