CHAIR ET PIXELS

Car le bonheur se lève

Alors que les vagues déferlent
Nous foulons l’intenable promesse
Amputés d’un exil sans laisse
Car le bonheur se lève
Quand son contraire se pend

Pour que la connexion se fasse
Grand renfort sous correction
Que son désir s’écrive faste
On écartèle la lente caresse
De millénaires estropiés

Car le bonheur se lève
Quand son contraire se pend

En tir de prolongation
Y mordre à toutes dents
Comme la grimace d’un enfant
Car le bonheur se lève
Quand son contraire se pend

Preuve que l’amour s’achète
Au générique sous radium
Scène de zombie minimum
Pourvu que le film se vend
On vient vite te déterrer
Avant que d’être mangé vivant

Car le bonheur se lève
Quand son contraire se pend

Joue mais joue juste

Camping forcé en Ford Focus
Bordel de merde que ça joue juste

Mes lèvres la nuit fendent l’écorce
Chaque lendemain fixe un pesant de force

La seule Union ou y a pas de grève
Saigne ton X on tatoue une trêve

En haut de son clin d’œil – le ciel
Nous parlera en signes à la pelle

Droit vers le mur du fond
Toute manière le monde est rond

Ton corps me tam tam sa douleur
Fleuve de sirènes et d’avertisseurs

Autocollant du Canadien Pedaleson
Coucher de soleil main dans la main

Formule stupeur et lunettes noires
Chute de calcul œil au beurre noir

Au nord d’éden sous le lampadaire
Je sarcle les mines d’un long désert

Debout dans le matin meurtri
Menottes serrées du cœur battant

À genoux tout le jour qui plie
La langue scotchée à corps défendant

Plus nue qu’un papillon dans le miel
Tu me signale des perfusions

Merde à la loi guerre aux vauriens
Serpent à sornettes fait youyou

Dans ma dégaine de petit voyou
Sifflant le fruit d’entre les dents

Chaque jour mord plus fort
Pour m’assurer qu’on a pas tort

Force de lenteur des villes qui brûlent
Arrive accouche qu’on décapsule

Dans la stupeur sans médicament
Plus que rien que toi au firmament

À genoux au carrefour d’un bordel
Nos coeurs en fusion maternelle

Debout dans le matin meurtri
Menottes serrées du cœur battant

À genoux tout le jour qui plie
La langue scotchée à corps défendant

Un nuage passe

Le coeur éponge sur son passage
Ce qui de nos vies se partage
Sous la contrainte des alentours

Chacun est le produit brute
De l’environnement nécessaire
Pour atteindre le but, mais lequel

Au défi de notre correction
Fais-moi fuck mais dis-moi si
Nous sommes toujours unis

Aux lèvres d’une crise qui pète

Au lèvres d’une crise qui pète
La suite signe son krach à l’aube

Tout  casse dans de la rage pure
Fini d’attendre l’attentat

Le soir on bave au bout d’une laisse
Qui claque comme un constat

Cette nuit on traversera le pont

Cette nuit on traversera le pont

À la prochaine partie d’échec
Dans le désert d’aucun bras

On chante sauvetage aux noyés
Tatouage au cœur d’une trahison

Embrase-moi la scène de strobe
Avec ton corps sans sa robe

Cette nuit on traversera le pont

Cette nuit on traversera le pont

Sauve-moi ma naufragée
Tatoue mon coeur de ta mission

Sauve-moi ma naufragée
Tatoue mon coeur de ta vision

Cette nuit on traversera le pont

Cette nuit on traversera le pont

Donne-moi l’Amour

Monopole of Love
Yo! Yo le gros… le King of One!

Ô toi qui te dissimules en tout
Monopole of One
One, One, One
Love, Love, Love

Mon corps blindé déshabillant une porte
Marre de craquer pour des escortes

Le cœur cogne du poing sur la table
Bénissant la résurrection des morts

Les organes jouant plus fort du tamtam
À chaque parade d’urgence à l’ange

Que je rhabille de ma chasteté infirme
Avant que de lui transférer une étincelle

Monopole of Love
Yo! Yo le gros, le King of  One!
Détends ma laisse que je chante tes merveilles
Monopole of One
One, One, One
Love, Love, Love

Je vais faire ton job pour moins qu’un trou
Détends ma laisse que je donne ton miel
Détends ma laisse que je déchante du fiel
Love, love, love…

Pendant que tu me fixe ton plan au dos
Que tu me crucifie psychiatrique

Si ce monstrueux désir va péricliter c’est
Inutile comme un détail oublié

Je ressemble à un holocauste ambulatoire
Puisses-tu être un peu patient avec mon corps

La mise sous haute tension a tenu le choc
Mes sutures guériront à l’eau morte du désert

Sous les miradors de hurlantes sirènes
Pendant qu’on me passe les menottes au cou

Monopole of Love
Yo! Yo le gros, le King of One!
Détends ma laisse que je chante tes merveilles
Monopole of One
One, One, One

Je vais faire ton job pour moins que rien
Détends ma laisse que je scratch ton règne
Détends ma laisse que je siffle ta raideur
Love, love, love…

Monopole of Love
Yo! Yo le gros… le King of One!
Ô toi qui te surpasses en Tout
Monopole of One
One, One, One
Love, Love, Love

Je cherche encore à récuser des signes
Dans cette encyclopédie de contention

Armé en rafale de sable, je reviens
À toi mon unique amour, je reviens

Redoutant ton immense bonté
Laisse-moi hurler ton mystère

Monopole of Love
Yo! Yo le gros, le King of One!
Entends-tu les anges aux barricades?

Détends ma laisse le gros
Que je chante tes merveilles!
Monopole of One
One, One, One
Love, Love, Love

Je fais ton job pour moins qu’un clou
Détends ma laisse que je loue tes terres
Détends ma laisse que je canonne ta destruction
Love, love, love…

Tu me donnes la lumière et le sans-fil
La solitude a beau être rasoir dans le jardin

Et s’il ne manque plus qu’une chose
Elle va passer bientôt à la fenêtre

Laisse-moi cicatriser mon ultime blessure
En la terre à conquérir sur sa peau

Je fais ton job pour moins qu’un clou
Détends ma laisse que je clame ta victoire
Love, love, love…

One, One, One !
Love, Love, Love !

(printemps 2010)


ABUS DE RECHERCHE (1998)

Nés au pays qui consiste jusqu’ici

À passer dans le temps

C’est tiré comme des traits

Que l’on nous exécute doucement

Et que l’on accentue sur le petit feu

Exposés comme nous le sommes

Paranoïaques aux pétards d’artifice

Sous un orage de feux de forêts

Alors que démentiel, derrière les portes

Le spectacle du quotidien éternise

C’est l’Histoire dans son engrenage

Où l’avenir de l’Humanité en sale déroute

Civilisation sous le joug avec un grand H

Du mensonge savant, qui s’impose en vérité

Telle une évidence, d’une clarté aveuglante

Que l’on trace confusément entre les nuages

Dans un tas de points de repères imaginés

Dont certains seront précipitamment final

Torturés entre les lignes

On nous aplatit les neurones

En mesurant nos allers

Sur les kilomètres de statistiques en retour

Qui constituent le scénario déjanté

De nos corps mal positionnés au présent.

RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE

J’enfonce l’accélérateur

De ma peine d’amour

Contre vents et reflux

Alors-là nul espoir

De remettre cela à demain

C’est avec la pédale donc

Écrasée dans le plancher

Que je m’arrache au ravissement

De sa main dans la mienne

Comme un ange maudit

Parfois aussi, je m’appuie le front

Contre le pare-brise du camp

De sa vie de chaque jour

Et je roule toute la nuit

Sous le ciel étiolé

Vers mon extase de croisière

Dans les hauteurs des anciennes terres

Ce n’est qu’au petit matin

Recroquevillé en chien de fusil

Que l’abnégation ultime

Du réchauffement de la planète

Retentit comme un tatouage naïf

Un nouvel attrape nul.

LA PREMIÈRE PIERRE

Je lance donc à mon tour

Les dés couleur de désastre

Je parie qu’à coup sûr cette fois

J’y perdrai davantage

Que simplement mon emploi

Du temps il m’en reste

Peut-être pas tant que ça

Dans le casino titubant

Où caduc l’inspiration me charrie

Jusqu’au concours extrême

Des carrés brodés d’as

Niant en silence le contraire

Et les fenêtres éventrées

Détroussées comme des touristes

En nœuds trop serrés

Des balafres du cœur aux menottes

Qui aspirent à une ambition

Dont les conséquences ultimes

Deviendront tôt ou tard poétiques

Au secours à la sensation

Admise dès la file d’entrée

Sur le socle antidérapant

Des idées gardées à l’abri

Je me sépare de ma réalité

Elle peut garder le futon.

CAFÉ NOIR ET BLANC DE L’OEIL

Devant les simagrées muets

De l’ennemi mutuellement potentiel

Au pied du courant de son cœur c’est

Café noir ou blanc d’oeil

Concis baisers dans le cou

Je me rabats le taquet en quatre

Dans le genre de préférence serviable

Plus j’avance dans son maquis, je témoigne

Une fracture globale un millimètre à la fois

Moins j’en réchappe aux échardes

Des morceaux incongrus surfacent

Comme une tornade elle cherche le mer

Après sa ration inéluctable

De destruction salvatrice

Plus elle enchère en rafales

Moins je ne baisse les bras

Plus ça se corse pour ce matelot

Preuve irréfutable dépourvue de filet

Malgré mes cicatrices d’intimité

Je me coltine des frais

Devant les simagrées aigus

De l’ennemi potentiel

Au premier matin sans morsures

De notre expédition punitive.

OTAGE DE POÈME

Alors que le jour tourmente

Pardonnez-moi ma faute de pouvoir

Impossible de ménager la matière

Une majorité des otages vont crever

Le long rouillé d’une route à l’écart

J’enterre pêlemêle les indisciplinés

De leur propre insignifiance

Je les renvoie comme ils sont venus

Les videsla recherche de contenu

Les yeux vissés vers le haut

Les convaincus durs comme fer

De la vertu innocente et amplement répandue

Des numéros trop souvent perdants

Ne m’en voulez pas trop, rien de personnel

Je suis un poète, je lance des mots

Vers le fond d’un puits magique

À première vue sans fond

Une crevasse miraculeuse dans la page

Vers la source des grappes d’écho

Au rassemblement de signal

Un félin a ralenti dans les sphères

Quand vos pensées lui parviendront

On croira sans nul doute

Au déraillement d’un train

À perte de firmament

Dans le soir byzantin.

PASSÉ DÉCOMPOSÉ

À l’ombre des indomptables flocons

Recouvrant lentement mais surement

Le dépotoir de mes souvenirs

Je m’habitue tragiquement

À la séduction qui décape

Aux slogans à la mode qui fond

Comme un trou noir de la pensée

Dans mes idées qui vagabondent

Mais qui toujours respirent

Occupant une bonne partie

Nerveuse aux orifices frisés

De l’essentiel à la différence

Dans mon journal de traverse

Depuis d’imbuvables semaines

Freiné par ma sentence compulsive

Toute ma vie passe

En revue les flashes

Du passé décomposé

Qui traverse l’écran

Loin du champ des applications

Pendant la nuit séculaire

Lorsque la terreur immobile

Résiste sans ses gros canons.

MILLE SOUPIRS

Si les regrets se dilatent

Lorsqu’ils défroissent mes pupilles

Comme les draps étales

D’une année sans septembre

C’est que je m’acclimate

Au fulgurant désir d’exister

Peut-être même de vivre

À la vitesse de continuer

Ne serait-ce que sans maintenant

Marchant sur les braises

De mon abominable passé

Je songe à la vitesse

Du marathon que le temps

Pendant qu’il me dévalise

En souvenirs précieux

Dévale telle une pente raide

Aux voies savonneuses sans issue

Je rêvasse en douce de danger

De reflets ensoleillant mes illusions

Les jambes un peu gauches

De légers renflements inconséquents

Pour le reste de ma vie

Je descends une côte bordée de remords

À pas accélérés, titubant

Je me hâte vers la porte

De la mascarade qu’un passeport

Arrachera à l’arbre tel un fruit.

Une réponse à CHAIR ET PIXELS

  1. Jacky boy

    Pavillon du détour. Il fait soleil dehors. Il fait soleil dedans. Une petite chiale longtemps dans la ruelle; ses cris accompagnent ma lecture toujours incomplète de tes si bons textes. Je ne me décide pas à m’habiller, à partir. Pourtant, je sais qu’il se passe quelque chose à la brasserie.

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