Surgi de la Chute

Surgi de la chute

Je titube de lucidité vers le vague vide

D’une bière tiède dans un bar désert

En plein esseulement de tabouret

Que de jolies jambes n’enjolivent

La tête entre les mains

Contrairement à ce que vous croirez

Non pas pour oublier mes emmerdements

Seulement je bois voyez-vous

Comme l’on respire

Seul au monde je trinque

À l’innommable force de frappe

Des chars souvent égarés

De lendemains diccificiles

Trêve de jouissance

Je dévale l’escalier

En retard à mon tour

Vers une occupation autre

Tâter d’une ressource moins glorieuse

Que la velléité de ma plume

Je fonce à rebours

Vers une foulée d’obstacles

Qu’il fera bon surmonter.

Extraits LES ALENTOURS

1997, Écrits des Forges

Un Fort Faible

Je songe nourrir un fort faible

Pour celle dont la beauté remporte

la victoire de savante nuance

Chacune de ses expirations

Soufflent sur des braises

Pour qu’elles prennent

Sans le regret du remords

J’empoigne au cou

Mon désespoir à secouer

Au lieu de faire les cent pas

Je ronge paisiblement mon frein

Lové à l’ombre de quelqu’un

Y mettant un peu du sien

Pieds nus sur des charbons ardents

De corps trouble son parfum

Me fait longuement baisser les yeux

Je ne suis pas à genoux hélas

certains descendent plus bas

De toutes mes forces néanmoins

Je prie

Qu’elle se réveille et se lève enfin.

Extrait LES ALENTOURS

1997, Écrits des Forges

Sans Heurt

Au zéro d’équilibre du désir en péril

Derrière l’étroite cloison

Tête en bas sur la bascule

Je m’absous de ma rémanence

La scène à la renverse sur la balance

Entre l’erreur de la solitude

Et l’impunité de l’invention

Je trouve sans cesse à redire l’abîme

Le trou tellurique que perce mon monde

Quand je le déchire pour l’écrire

Incapable de ressaisir le fil

Ma fragilité à son égard bafoue

Le temps à jamais fout le camp

Colocataire de tous les manquements

Je redistribue les vestiges de l’esprit

Redoublant la teneur de l’abandon

Pour cause mes doigts se coincent

Entre les lèvres d’une fente

A travers laquelle la clarté pénètre

Tranchant l’épaisse fumée

Par la porte entrouverte j’aperçois

L’objet de ma métamorphose.

Extrait LES ALENTOURS

1997, Écrits des Forges

Au Bord de l’Eau

Sur les flots troubles du fleuve

Au confluent d’abondantes larmes

Une fraction de seconde

En précession sur le déferlement

Des digues qui se rompent

Nous serons seuls témoins

De ces vagues d’émotions


Tu remontes l’ancre

Je largue les amarres

Nous chancelons

Tels des signaux définitifs


Arrimés à l’agitation inouïe

Nous retenons le chuintement

À contre-courant

D’une certaine turbulence


La noise troue nos coques

Jusqu’au prochain coup de pompe

Nous pratiquerons la brasse.

Extrait LES ALENTOURS

1997, Écrits des Forges

État de Siège

En attendant le décompte final

De ce suprême anéantissement

Pupilles dilatées, détonateur à l’affût

Allongé près d’une peur de soldat

Catatonique avant l’extrême combat.

97-08

Désenchantement

Rendus mains en l’air

À la lumière de l’évidence

Nous déchiffrons peu à peu la chimie

De la clarté assassine du soleil

Sa combustion nous cloue les paupières

Sur un point de bascule

Vaseux des choses

Renflouant du monde sa boue

Nous pataugeons dans le sable mouvant

L’enlisement accélère

Notre compte s’épuise

Phénomènes élémentaires

Prisonniers des rouages

Vacillant sans cesse en bordure

Du précipice du trépas

Nous fonçons vers le gouffre

De ténèbres d’ignorance.

97 - 08

Retour à la Nature

C’est avec le guidon du révolver entre les lèvres

Que tu deviens extrêmement persuasive

La crosse de ce qui reste à dire

Calée dans la paume d’une main


Que les infinis refouloirs sans conclusion

Dégoulinent sans ordre apparent

Des murs de  mon cerveau


Le vent glisse sous la porte

Un délire étriqué danse

Rongé par les accessoires de paresse

Que la lucidité ignore


Que mes lèvres se relâchent

D’une terminale déflagration

Le métal culbute, je bleuis lourdement

Contre le dessus de la table

Du labyrinthe de ma nuit.

97-08

Trait

Le soupçon éraillé de ma voix

Évoque au vent l’or pur de ton nom

Sussure à l’air des secrets

Dont le murmure absout

Ma hantise de ne pas saisir

L’abstraction de son chavirement.

Extrait LES ALENTOURS

1997, Écrits des Forges

Intervalle

Le soleil éclabousse ta chevelure

Sur la rétine liquide des nerfs

Cela forme l’auréole

Dont tu te renforces

J’aime contempler la clarté

Esquissant ses promesses sur ton visage

Témoin du remuement des vrilles

Saisir pour moi seul le sens inopiné

Du rythme tambourinant la démesure

À laquelle battent mes sens

Si ton corps effleure le mien

Outrepassé le gage de t’aimer

L’enjeu est un pari relatif

Au lieu de te cabrer ou gémir

Dans ce poème fait pour te plaire

Tu enfonces les mains dans tes poches

Et souris en fermant les yeux.

Extrait LES ALENTOURS, 1997

Écrits des Forges

Avis de Recherche

Du matin jusqu’au soir

La vie m’use aux larmes

Je lis sur tes lèvres

De quoi patienter un peu

J’entends le cri hérissé

De ton âme mise à nu

Puis tes baisers

Gravitent alentour

Et finissent

Par éclabousser notre entrain

Étrangement écrasé entre

Les tranches du couvre-feu

Qui nous sont imposées

Comme une relire pileuse

Alors que dehors

Le jour s’écroule à son tour

Tel un vigile abattu

À bout portant sous nos yeux

Par un homme encore une fois

Au même portrait-robot

Que moi.

Aujourd’hui ça y est… Je l’écris!

À la fenêtre entrebâillée

Du poème de mon corps

J’observe les personnages

Prévus au prochain chapitre

Se démener dans les coulisses

Je respire le parfum de demain

Qui fait des siennes

Sur le chemin de ma déroute

Entre fiction et réalité

Devant l’entrebâillement doré

C’est aujourd’hui que j’ai décidé

Que ça y est

Que je l’écris.

VESTIGES PARTIELS

Ma fraude est de dentelles

Ton slip fendillé glisse

Quand par irruption

Une main savante

Travaille sa revanche

Une peu honteuse

De t’avoir poussé là

Je manipule l’altercation

Tel un chalumeau malgré

Les scrupules tendres

De ton coffre-fort

Le crime passionnel

Salive un quartier latin

De muqueuses meurtries

Par d’autres afflictions

L’insidieux branchement

N’ayant ni prix ni remède

Se décompose peu à peu

En un effritement des soudures

Dont je laisse

Recharger les batteries

Par décharges lourdes

Ma fraude est de dentelles

Ton slip fendillé glisse

Quand par irruption

Une main savante

Travaille sa revanche

Une peu honteuse

De t’avoir poussé là

Des traits de résistance passive

Se dessinent sur ton visage relâché

Tes longs cils papillotent

Frêles et nerveux

Dans leur sculpture

À la cosmétique craquelée

Par endroits tu m’invites

Retenue par le moment

Tel un mince fil conducteur

Aux sens amputés

À leur détonation

Sans destinataire

S’étouffant dans les draps

J’exulte en défaillances

Par réplétion avide

Glouton je sais

Que l’on ne saura jamais

S’aimer

Alors tu en redemandes

Dans la bouche

Tu sues pour moi tu saignes

Tu me prêtes ton cul

Et je ne t’offre

Jamais directement d’argent

Tu dis que tu aimes mes yeux

Mon style mes idées ma race

Ma fraude est de dentelles

Ton slip fendillé glisse

Quand par irruption

Une main savante

Travaille sa revanche

Une peu honteuse

De t’avoir poussé là

J’avoue pour ma part

Que ce sont surtout tes hanches

Ta peau toujours adolescente

Ton entrejambe enveloppé

En surprise party

En magazine de mode ambigu

En qui pousse à revenir

Tricher pour cela

Et les morsures

Qui tressent des bleus

C’est tout ça bien sur

Mais ce n’est pas tout.

(poème extrait de NE JAMAIS RIEN DIRE, écrit Nov.1987 à Dublin, paru en 1989 au Qc)

daniel guimond

Ma Force g

Je traîne ma force g

D’une solitude vers la suivante

Tributaire d’une folie qui

N’est pas mienne

Pour l’essentiel

Pendant ce temps

Mon cœur sans s’en apercevoir

Bat

Je file un malin coton

Du passé que

Les accidents de parcours

Quelque part sur terre

Déclinent

Pour l’essentiel

Pendant ce temps

Mon cœur sans s’en apercevoir

Bat à tout rompre

Mon journal

Meublé de stupidités

Que je n’ai guère osé

Te balancer ailleurs

Mon journal égaré

Torve comme toujours

Sous le bras

J’erre entre les hémisphères

Du parchemin universel

C’est stationnaire

Dans l’espace désormais fragmenté

Tributaire de cette folie

Qui n’est pas vôtre non plus

Cette folie de communiquer

Que pour l’essentiel

J’écoute mon cœur

Sans s’en apercevoir

Battre.

Paradis Artificiel

Sur chaque note, de chaque barre

De la composition originale

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RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE

J’enfonce l’accélérateur

De ma peine d’amour

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